C’était le 13 juillet 1965. Une loi autorisait enfin les femmes à ouvrir un compte bancaire sans l’accord de leur mari. Un droit qui semble aujourd’hui élémentaire, mais qui ne l’était pas hier. «Quand ma propre mère a commencé à travailler, son salaire était versé sur le compte de son père, puis après, sur celui de son mari», raconte Isabelle Le Bot, directrice générale de la France Mutualiste.
Un exemple frappant : les fonds de private equity de BPI France qui se sont ouverts aux particuliers depuis 2020. L’âge et les revenus moyens des souscripteurs ont considérablement baissé. Mais un chiffre ne baisse pas : la proportion d’hommes qui représente encore 85% des souscripteurs. «Et lors de certains webinaires, seules 11% des inscrits sont des femmes !», regrette Adeline Lemaire, directrice exécutive chez Bpifrance.
Sécurité pour les femmes, rendement pour les hommes ?
Sur les bases – budget, crédit ou épargne – hommes et femmes affichent un niveau de connaissance similaire. 86 % des femmes se disent à l’aise pour gérer un budget, contre 87 % des hommes.
Mais dès qu’il s’agit d’investissement, l’écart se creuse. Seules 44 % des femmes déclarent comprendre les principes de l’investissement, contre 57% des hommes. «Soit les femmes s’autoévaluent plus sévèrement, soit elles manquent de pratique», avance Adeline Lemaire.
Mais dès que les placements deviennent plus techniques, les femmes restent plus en retrait. Elles sont 31% à posséder une assurance vie, contre 38% des hommes. Seulement 10 % détiennent un PEA, contre 19%, et 8% un compte-titres, contre 14%.
Premier frein : le revenu. 77% des femmes disent ne pas investir faute de moyens, contre 60% des hommes. Il faut dire qu’à poste égal, l’écart salarial est encore de 14%. Or pour investir dans des produits à risque, il faut disposer de suffisamment d’épargne.
Mais ce n’est pas qu’une question d’argent. «Les femmes sont plus exigeantes en matière de relation, de clarté et de compréhension», souligne Isabelle Le Bot. Et l’image même de l’investissement peut rebuter : « Les valeurs associées à l’investissement financier comme la spéculation ou le jeu peuvent être perçues négativement», ajoute Adeline Lemaire.
Pour 74% des femmes, l’absence de risque de perte en capital est déterminante, contre 52% des hommes. Les hommes, eux, recherchent en priorité le rendement (51%, contre 42% des femmes) et la fiscalité (25%, contre 19%).
Faut-il en conclure que les femmes sont irrémédiablement frileuses ? Loin de là. «La peur du risque n’est pas le cœur du problème, c’est un symptôme de l’absence de culture financière… et ce, quel que soit le genre», insiste Isabelle Le Bot.
L’avis du Revenu : lancez-vous !
Alors, comment progresser ? Lisez la presse patrimoniale et financière (plutôt que les réseaux sociaux), assistez à des webinaires, posez-vous les bonnes questions, formez-vous, interrogez votre conseiller… Et surtout, osez prendre un peu de risques sur la partie de votre capital dont vous n’avez pas besoin immédiatement. À force de pratique, ETF, actions ou private equity n’auront bientôt plus de secrets pour vous !