Son nom résonne dans toutes les têtes. Des États l’ont adopté comme monnaie nationale, d’autres veulent en stocker en tant que réserve financière stratégique au même titre que l’or. Des géants de la finance comme BlackRock et Fidelity ont lancé des fonds indiciels (ETF et ETP), dont les performances suivent l’évolution de son cours.
Un lancement en pleine crise des subprimes
À l’origine, rien ne laissait présager un tel succès. Déjà, un mystère plane autour de sa paternité, car personne ne connaît le ou les inventeurs du bitcoin qui se cachent derrière le pseudonyme de Satoshi Nakamoto. Leur intégrité est époustouflante. Ils ont en leur possession les 980.000 premiers bitcoins émis, soit une fortune estimée de 100 milliards d’euros, mais à ce jour ils n’en ont vendu aucun !
Il faut dire que la naissance du bitcoin résulte d’un acte militant. Le premier bitcoin a été émis le 3 janvier 2009, en pleine crise financière des subprimes. Un krach retentissant qui a mis sur la paille plusieurs centaines de milliers de ménages américains.
C’est la raison pour laquelle, son ou ses concepteurs ont voulu bâtir un système d’échange monétaire totalement décentralisé, infalsifiable, géré par un algorithme et qui court-circuite la finance traditionnelle, jugée corrompue. Grâce à sa technologie blockchain, tous les citoyens peuvent effectuer des paiements entre eux, sans devoir passer par un intermédiaire financier.
Pour ses adeptes, il a, en plus, cette caractéristique d’être potentiellement rare. En effet, le nombre maximum de bitcoins émis est limité à 21 millions – 19,9 millions ont déjà été créés. En outre, le bitcoin n’offre ni dividende ni intérêt, il peut être monnayable dans le monde entier et être stocké chez soi, via un hardware wallet de la taille d’une clé USB, qui joue le rôle de coffre-fort électronique. Autant de points communs qu’il partage avec l’or physique et qui conduisent certains experts à l’associer à l’idée d’or numérique.
Une arme anti-inflation ?
La première réussite opérationnelle du bitcoin pourrait aussi se révéler une possible arme anti-inflation. L’émission de nouveaux bitcoins est régulée par un algorithme qui suit des règles strictes plafonnant la progression de l’offre annuelle à 1,2 %. Une performance en matière de gestion monétaire qui s’avère bien meilleure que celle affichée par les banques centrales américaine et européenne. Entre 2020 et 2025, la masse monétaire du dollar et de l’euro ayant progressé respectivement de 29 % et de 24 % ! Résultat, dans certains pays où l’inflation est galopante comme l’Argentine, le Venezuela, le Nigeria, le bitcoin devient un actif recherché car il permet de limiter la perte de pouvoir d’achat.
Néanmoins, tout n’est pas toujours rose pour le bitcoin. Son principal talon d’Achille, qui est loin d’être négligeable, demeure son extrême volatilité. Il n’a pas encore gagné ses galons de valeur refuge comme c’est le cas pour l’or physique. Son cours reste très corrélé à l’environnement économique et politique mondial. Il a tendance à suivre l’évolution d’indices boursiers comme le Nasdaq et le S&P 500, même si, ponctuellement, il commence à imprimer ses propres cycles.
Ainsi, ses volumes d’échanges progressent au début et à la fin de chaque année, ainsi qu’à l’approche d’événements liés au fonctionnement de la blockchain, comme le halving. Il s’agit d’un processus algorithmique ayant lieu tous les quatre ans et qui réduit par deux l’émission annuelle de nouveaux bitcoins.
Guillaume Eyssette : « L’augmentation du taux d’adoption du bitcoin devrait favoriser son cours »
“Le parallèle entre l’or physique et le bitcoin en tant qu’or digital est plutôt frappant. Et si l’on adhère à ce constat, il est naturel de se demander vers quelle valeur pourrait tendre raisonnablement le bitcoin. Pour y répondre, prenons la valeur totale de tout l’or physique dans le monde et comparons-le à la valeur des 19,9 millions de bitcoins en circulation. Sur la base d’un bitcoin à 120.000 dollars, sa capitalisation mondiale atteint les 2.400 milliards de dollars. Comparée à celle de l’or physique qui atteint environ 23.000 milliards de dollars (once d’or à 3.300 dollars), elle ne pèse que 10 % en termes de parts de marché. Un pourcentage qui correspond environ à son niveau actuel d’adoption par les investisseurs.
Difficile de prédire à quelle vitesse augmentera le taux d’adoption du bitcoin, et par là même sa capitalisation mondiale en lien avec son cours. Mais une chose est sûre, ce sont avant tout des jeunes, nés avec Internet, qui investissent dans les crypto-monnaies. Si actuellement, ce sont les personnes de 50 ans et plus, peu exposées au bitcoin qui détiennent l’essentiel du patrimoine, il est fort à parier que dans vingt ans, la vision en matière de placements aura changé, car ce sont les cryptophiles d’aujourd’hui qui remplaceront leurs aînés.”
Guillaume Eyssette est directeur associé du cabinet de gestion en patrimoine Gefinéo