Les analyses du Revenu

Venezuela : la chute de Maduro et le retour en grâce d’une dette longtemps considérée comme perdue

Partager

Après des années de défaut et de sanctions, la destitution de Nicolás Maduro redonne vie à la dette vénézuélienne. Obligations en forte hausse, retour des investisseurs spécialisés et espoir d’une restructuration adossée au pétrole : un actif maudit redevient un pari stratégique à haut risque.

Par Gaspard de Monclin
Publié le 06/01/2026 à 17h21
Cet article est réservé aux abonnés.

Pendant près d’une décennie, la dette vénézuélienne a incarné l’échec absolu des marchés émergents : défaut de paiement, sanctions internationales, opacité statistique et isolement diplomatique.

Les obligations souveraines et celles d’entreprises publiques comme Petróleos de Venezuela ont été massivement dépréciées par les grands investisseurs internationaux, parfois jusqu’à une valeur quasi nulle. La destitution de Nicolás Maduro est en train de bouleverser cet équilibre et de transformer ces actifs maudits en instruments de rattrapage spectaculaire.

Des gestionnaires de premier plan tels que Fidelity ou T. Rowe Price avaient accumulé, avant la crise, des dizaines de milliards de dollars de dette vénézuélienne.

Lors du durcissement des sanctions américaines sous la première présidence de Donald Trump, une grande partie de ces positions a été vendue dans l’urgence ou totalement passée en pertes. D’autres investisseurs ont toutefois choisi de conserver ces titres, pariant sur un scénario de normalisation politique à long terme.

Depuis l’assouplissement partiel des sanctions en 2023, le marché secondaire de la dette vénézuélienne s’est progressivement réanimé. Environ 500 millions de dollars d’obligations s’échangent désormais chaque jour, principalement entre fonds spécialisés dans la dette en difficulté.

Les prix, longtemps figés à des niveaux dérisoires, se sont envolés. Certaines obligations ont vu leur valeur multipliée par cinq en l’espace de deux ans, avec une accélération brutale à la suite du changement de régime à Caracas.

Cette hausse profite à la fois aux investisseurs historiques ayant conservé leurs titres après de lourdes dépréciations comptables, et aux fonds opportunistes entrés tardivement à des prix planchers.

Des acteurs comme Gramercy Funds Management ou Greylock Capital Management illustrent cette double dynamique, mêlant patience stratégique et arbitrage opportuniste.

Le scénario vénézuélien n’est pas sans rappeler des précédents historiques, au premier rang desquels l’Argentine. Après son défaut massif de 2001, Buenos Aires avait laissé ses créanciers dans l’impasse pendant plus d’une décennie.

Les obligations argentines, achetées à quelques centimes par dollar de valeur faciale, avaient fini par offrir des rendements exceptionnels aux investisseurs les plus endurants lors des restructurations successives et du retour partiel du pays sur les marchés à partir de 2016.

D’autres exemples abondent : la Russie après le défaut de 1998, l’Irak après la chute de Saddam Hussein ou encore la Grèce au sortir de la crise de la zone euro. Dans chacun de ces cas, la combinaison d’un choc politique majeur et d’une restructuration de dette a permis une revalorisation spectaculaire d’actifs que le marché jugeait irrécupérables. Le Venezuela semble aujourd’hui s’inscrire dans cette même logique, avec un levier supplémentaire : des réserves pétrolières parmi les plus importantes au monde.

L’enthousiasme reste néanmoins tempéré par l’ampleur du chantier à venir. Le Venezuela n’a plus accès aux marchés internationaux depuis près de dix ans et devra négocier la restructuration d’une dette estimée à environ 100 milliards de dollars. Le chiffre exact demeure incertain, faute de données publiques fiables depuis 2018.

La diversité des créanciers complique encore l’équation, notamment la présence de la Chine, dont les créances bilatérales et les accords pétroliers pourraient peser lourd dans toute négociation.

La levée progressive des interdictions faites aux investisseurs américains de négocier avec Caracas constitue toutefois un tournant. Un pouvoir plus aligné sur Washington pourrait rouvrir l’accès aux financements internationaux, qu’ils proviennent de Wall Street ou d’institutions multilatérales.

Au cœur des anticipations figure la relance du secteur pétrolier. Le redéploiement attendu des compagnies américaines au Venezuela nourrit l’idée d’un remboursement des créanciers adossé à l’augmentation rapide de la production.

Dans l’histoire récente, plusieurs pays ont utilisé leurs ressources naturelles comme levier de sortie de crise, transformant des créances décotées en instruments liés à la croissance future.

Dans cette perspective, les obligations vénézuéliennes ne sont plus seulement des titres de dette, mais des paris sur un redémarrage économique fondé sur l’énergie, l’investissement étranger et la stabilisation institutionnelle.

Un dossier reste central : Citgo, la filiale américaine historiquement contrôlée par l’État vénézuélien. Placée sous tutelle de l’opposition en 2019, l’entreprise est devenue un actif clé dans la bataille entre créanciers.

La validation judiciaire récente d’un projet de cession à un véhicule lié à Elliott Management illustre la complexité du démantèlement de l’héritage financier du régime déchu. Le nouveau pouvoir devra arbitrer entre contestation juridique et intégration de Citgo dans une négociation globale.

Malgré la flambée des prix, le pari vénézuélien reste profondément politique. La stabilité intérieure, la capacité du nouveau pouvoir à organiser une transition crédible et la gestion des tensions sociales conditionneront la suite.

L’histoire montre toutefois que, dans les grandes crises souveraines, ceux qui ont accepté l’illiquidité, l’impopularité et le temps long ont souvent été les mieux récompensés.

À l’image de l’Argentine ou de la Russie avant lui, le Venezuela pourrait devenir l’un des exemples emblématiques d’un marché où la patience, plus que le timing, finit par faire la différence.

Lisez la suite gratuitement !

Inscrivez-vous et bénéficiez d'un accès gratuit
aux contenus Premium pendant 1 mois

Je suis déjà abonné(e) ou inscrit(e) au Revenu, je me connecte

Articles réservés aux abonnés