Son actualité
Le 24 juin, Gérard Bekerman a été réélu à la présidence de l’Afer pour un cinquième mandat de cinq ans. Il a tenu à rappeler qu’il était adhérent à l’Afer depuis 1987. Fin mars, il a partagé avec le ministre des Finances Éric Lombard ses convic-tions à propos de “l’indispensable effort de défense” : “C’est aux épargnants, eux-mêmes, de décider comment leur épargne doit être utilisée”, a-t-il insisté.
Le Revenu : L’Afer enrichit son offre. Cela correspond-il à un changement d’ambition ?
Gérard Bekerman : L’Afer a toujours été ambitieuse. Elle l’a été à sa création, en 1976, quand ses fondateurs ont révolutionné l’assurance vie contre le modèle qui prévalait à l’époque : pas de précompte de commission, liberté de déposer et retirer son argent, frais lisibles parmi les plus bas du marché, pas de taxe de 5,15 %. Le contrat Afer Génération lancé en 2025 s’inscrit dans cet ADN. En moins de six mois, 500 millions ont déjà été collectés. Afer Génération ne remplace pas notre contrat historique. Il le complète avec la recherche de plus de performance, une garantie de fidélité sur huit ans et des frais très compétitifs.
Que peut-on anticiper en termes de rendement pour le contrat historique ?
Le rendement du multisupport va poursuivre son mouvement de hausse entamé il y a deux ans. Afer Génération, partant d’un encours de zéro, a pu acquérir du papier bien rémunéré et je ne serais pas étonné qu’on dépasse le taux cible de 4 % cette année, hors prime de fidélité de 10 % acquise au bout de huit ans. Plus que jamais, l’heure est à la diversification.
Quelles sont les attentes des nouvelles générations en matière d’épargne ?
Les épargnants ont compris que les régimes généraux de protection s’essoufflent parce que le nombre de cotisants diminue. En bénéficier ne suffira plus pour vivre une retraite décente. C’est pourquoi les plus jeunes cherchent de nouvelles pistes comme le plan d’épargne retraite individuel. Il rencontre un grand succès.
Les nouvelles générations sont aussi très attentives à la plus grande transparence des frais. Afer Génération a été créé pour répondre à leur demande. Ce contrat prometteur permet d’investir dans des fonds sans rétrocession de commissions (parts clean-share). Avec un taux cible de 4 % et son ADN associatif, Afer Génération séduit le monde de l’épargne.
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Le contrat Afer Génération pourrait dépasser le taux cible de 4 % de rendement en 2025.
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Des assurés craignent d’être mis à contribution pour combler les déficits publics. Ont-ils raison d’être inquiets ?
L’Afer sera une fois de plus le bouclier, l’étendard pour défendre les épargnants. L’Afer veille au grain. Aucune loi n’a vocation à spolier les épargnants. Si la loi Sapin 2 était malgré tout mise en œuvre, le blocage de l’épargne pourrait n’être que partiel, et dans tous les cas pour une durée ne pouvant pas dépasser trois mois renouvelables une fois. La durée moyenne de détention de notre contrat historique atteint vingt et un ans. Bien sûr, le principe même de blocage de l’épargne n’est pas satisfaisant. Les élus de la République trouveront toujours l’Afer sur leur chemin. L’inquiétude est mauvaise conseillère. Mais la vigilance s’impose.
Son parcours
Gérard Bekerman,
Président de l’Afer
Docteur ès sciences économiques, Gérard Bekerman a occupé différents postes prestigieux aux États-Unis (Ucla) et en France (Université de Paris II, Essec). Diplômé de l’École normale de musique de Paris, il a créé le Concours international des grands amateurs de piano.
Comment l’assurance vie peut-elle participer à l’effort de défense ?
Qui a dit que ce doit être sa vocation ? Avec 2.000 milliards d’encours, elle le peut. Mais le doit-elle ? L’Association Afer a toujours été présente pour défendre les grandes causes nationales : les PME, la transition écologique, le développement durable.
Fin mars, à Bercy, à l’occasion d’un séminaire avec de grands ténors de la finance, j’ai dit au ministre que s’il envisageait l’épargne pour la paix, l’Afer préférerait la paix pour l’épargne. Nous sommes tous patriotes ! Mais nous voulons des règles stables qui s’appliquent aux 32 millions de Français qui bénéficient de l’assurance vie. Cessons de l’attaquer. Elle ne demande pas de subvention. Elle rapporte à la France et aux Français. L’assurance vie est notre trésor public. On ne le taxe pas. On le respecte, on le protège et on arrête de l’accabler de taxes et de prélèvements, quand on naît, quand on vit et quand on transmet.
Que dites-vous aux parlementaires qui veulent revenir sur les spécificités fiscales et civiles de l’assurance vie ?
Que l’épargne appartient aux épargnants. Elle est le fruit d’un travail, parfois de toute une vie, d’un renoncement à la consommation. Cela serait une iniquité, une indignité, une atteinte à la démocratie financière que de s’attaquer à l’effort d’épargne.
L’assurance vie est à notre épargne ce qu’un médecin est à la santé. Elle permet de faire face aux conséquences matérielles du décès. Elle est la continuation naturelle de notre vie, car nous avons l’assurance que nos économies profiteront à ceux que nous aimons. Certains élus ont une extraordinaire tentation de s’attaquer à ce qui marche. L’Afer s’oppose à la remise en question des atouts du plan d’épargne retraite (PER), en particulier de ses atouts successoraux. Laissons les morts tranquilles, on taxe déjà bien assez les vivants.
Réclamez-vous l’indexation des seuils fiscaux non actualisés ?
Avec l’allongement de la durée de la vie, il est inadmissible que le seuil de 70 ans ne soit pas encore passé à 75 ans. Il devrait aussi être tenu compte de vingt-sept ans d’érosion monétaire pour revaloriser à hauteur de 233.000 euros l’abattement de 152.500 euros, soit 53 % de plus selon le convertisseur de l’Insee.
Quelle est l’erreur la plus fréquente en assurance vie ?
Ne pas adhérer à l’Afer. Défier le temps. Considérer les unités de compte (NDLR : nom des fonds d’investissement en assurance vie) comme des terrains de jeu où l’on vient faire un tour avant de s’en aller. Le rôle des deux mille conseillers Afer consiste, entre autres, à faire comprendre aux assurés qu’ils doivent intégrer le temps dans leur stratégie patrimoniale. Avoir chaque jour les yeux rivés sur les valeurs liquidatives des fonds conduit à arbitrer dans la précipitation, un comportement préjudiciable à la valorisation à long terme de l’épargne.
En aparté avec Gérard Bekerman
Quel est votre violon d’Ingres ?
Le piano. La musique, plus que la finance, adoucit les mœurs.
Quelle place accordez-vous à l’argent ?
Il n’est pas le critère du mérite, ni du démérite, d’ailleurs.
Les impôts sont-ils bien dépensés ?
L’argent est mal pensé, donc mal dépensé. Le meilleur impôt est le plus petit.
Êtes-vous sur les réseaux sociaux ?
Pour quoi faire ? Ou bien un sujet est complexe et il faut du temps pour y réfléchir. Ou bien il est futile et ne mérite pas qu’on en parle.:
Propos recueillis par Christian Fontaine