Les chiffres ne mentent pas. La Cour des comptes britannique vient de publier des données qui font mal : l’Eurofighter Typhoon a coûté 43,6 milliards d’euros au Royaume-Uni, soit un surcoût de 75% par rapport aux estimations initiales. Pire encore, le coût unitaire s’avère près de deux fois supérieur à celui du Rafale français, selon les calculs de la Cour des comptes française.
Ce gouffre financier trouve son origine dans un modèle de gouvernance défaillant. La collaboration entre le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne a multiplié les chaînes d’assemblage et les coûts de négociation.
Résultat : des retards accumulés et une facture qui ne cesse de grimper. La Cour des comptes allemande enfonce le clou en estimant que les frais de maintenance de l’appareil sur l’ensemble de son cycle de vie atteindront le double des prévisions.
Le SCAF dans l’impasse franco-allemande
Le Système de combat aérien du futur patine. Lancé en 2017 par Paris et Berlin, rejoint ensuite par Madrid, le programme devait incarner l’autonomie stratégique européenne à l’horizon 2040. Mais les industriels tirent la sonnette d’alarme.
Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a critiqué devant l’Assemblée nationale la gouvernance à trois têtes du projet. Son homologue allemand Michael Schoellhorn, patron d’Airbus Defence and Space, a même affirmé sans détour que le programme « n’aura aucune chance de réussir » sans accord politique rapide. La pierre d’achoppement ? La propriété intellectuelle et le choix des sous-traitants.
Le 19 décembre 2025, Berlin a prudemment déclaré qu’il restait « beaucoup de temps » avant la fin de l’année pour débloquer le dossier. Traduction : les négociations piétinent et aucune décision majeure n’interviendra avant janvier 2026.
Dassault Aviation surfe sur les tensions
Pendant que le SCAF s’enlise, l’action Dassault Aviation (AM) affiche une santé insolente. Le titre cote 271,80 € au 24 décembre 2025, en hausse de 37,83% depuis le début de l’année. La capitalisation boursière s’établit à 21,26 milliards d’euros.
Les fondamentaux justifient cet engouement. Le carnet de commandes a atteint un record historique de 43,2 milliards d’euros au 31 décembre 2024. Le Rafale représente le moteur de cette croissance : 220 appareils commandés dont 164 à l’export. L’avionneur a livré 21 Rafale en 2024 et vise une montée en cadence à trois appareils par mois d’ici 2027, puis quatre par mois en 2029.
Les analystes restent confiants. Morningstar a relevé son estimation de juste valeur de 227 € à 334 € par action, anticipant une croissance moyenne du chiffre d’affaires de 14% par an. Le consensus de 13 analystes fixe un objectif de cours à 325 €, soit un potentiel de hausse supplémentaire.