À 65 dollars le baril de brut, de nombreux puits ne sont plus rentables dans le monde, notamment aux États-Unis avec le pétrole de schiste. (©AdobeStock)
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Pétrole : de multiples facteurs de baisse

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La récente chute des cours tient à la fois à un affaiblissement de la demande et à la décision de certains grands pays de produire davantage.

Par Habib Hobeika
Publié le 21/05/2025 à 15h07 | mis à jour le 21/05/2025 à 18h03

Donald Trump aurait de quoi être satisfait. Con­formément à ses vœux, les prix du pétrole se sont nettement repliés depuis son retour au pouvoir, ce qui contribue à brider l’inflation. Après une première phase d’affaiblissement au premier trimestre, les cours ont décroché début avril. Ils ont atteint la semaine dernière un plancher depuis plus de quatre ans, testant la barre des 60 dollars le baril.

L’Opep+ en difficulté

Un mouvement qui s’explique par la situation de l’offre autant que par celle de la demande. Déjà, en 2024, l’Agence internationale de l’énergie avait évoqué les surcapacités du marché pétrolier. Le mois dernier, elle a sensiblement révisé à la baisse sa prévision de croissance de la demande mondiale (de 1,03 million à 730.000 barils par jour), compte tenu de l’escalade de la guerre commerciale et de ses répercussions sur l’ensemble des économies.

À lui seul, le duel entre les États-Unis et la Chine, avec ses rebondissements incessants, crée «une grande incertitude, néfaste pour la demande», commente Laure de Nervo, économiste au Crédit Agricole.

À cet affaiblissement de la demande est venue s’ajouter l’augmentation surprise de l’offre de brut. À la fin de l’année dernière, l’Opep et ses alliés s’étaient entendus pour prolonger les coupes de production jusqu’en mars 2025, afin de soutenir les cours. Mais le 3 avril, contre toute attente, huit des principaux pays de l’Opep+ ont annoncé une augmentation de la production trois fois plus importante que prévu, de 411.000 barils par jour, dès le mois juin.

Une décision prise sous l’impulsion de l’Arabie saoudite, qui entend regagner des parts de marché tout en sanctionnant les membres indisciplinés du cartel. Les coupes importantes auxquelles le royaume saoudien avait consenti ont en effet été mises à profit par d’autres membres du groupe pour produire davantage. C’est le cas notamment de l’Irak, des Émirats arabes unis et du Kazakhstan, qui ont largement dépassé leurs quotas l’année dernière. De toute évidence, le cartel – déjà confronté à la concurrence des producteurs américains, brésiliens et canadiens – éprouve des difficultés croissantes à s’entendre pour réguler les prix.

Enfin, Donald Trump a porté un coup supplémentaire au marché pétrolier lors de sa récente tournée dans le Golfe. Il a évoqué à Doha, le 14 mai, la possibilité d’un accord avec l’Iran sur le dossier nucléaire, ce qui a immédiatement provoqué une nouvelle baisse des cours. Car si les négociations menées depuis le 12 avril aboutissent, les sanctions économiques contre ce pays seront levées et il sera alors en mesure d’augmenter ses exportations de brut.

Production revue à la baisse

Aujourd’hui, les cours fluctuent autour de 65 dollars le baril, un niveau représentant le seuil de rentabilité pour de nombreux puits dans le monde. Le pétrole de schiste américain est particulièrement concerné. Des producteurs du Bassin permien (entre le Texas et le Nouveau Mexique) commencent à être en difficulté, ce qui les oblige à réduire le nombre d’équipements de forage et à revoir à la baisse leurs investissements.

Dans un tel contexte, le slogan Drill [fore], baby, drill, lancé par Donald Trump durant sa campagne électorale, aura du mal à être suivi d’effet. Faire baisser les cours du brut tout en relançant l’industrie pétrolière aux États-Unis, faiblement compétitive, tient de la gageure.

Selon les analystes d’Allianz, «cette année, la production américaine devrait être inférieure de 100.000 barils par jour aux prévisions précédentes». Et pour 2026, S&P Global Commodity Insights estime qu’elle devrait diminuer de 130.000 barils par jour par rapport à ses prévisions pour cette année, revenant à 13,3 millions de barils par jour.


Europe

Incertitudes. La Commission européenne a revu à la baisse ses prévisions économiques, compte tenu des incertitudes politiques et du ralentissement du commerce mondial. Elle table désormais pour cette année sur une croissance de 1,1% pour l’Union européenne et 0,9% pour la zone euro, contre 1,5% et 1,3%, respectivement, dans ses précédentes prévisions. Pour 2026, elle s’attend à 1,5% pour l’Union européenne et à 1,4% pour la zone euro.

États-Unis

Sanction. L’agence de notation Moody’s a dégradé la dette souveraine américaine, qui passe de «AAA» à «AA1», avec une perspective stable. Une décision justifiée par la hausse de l’endettement des États-Unis et son coût pour le budget fédéral. Moody’s était la dernière des grandes agences de notation à conserver la plus haute note à la dette américaine.

Tension. Le marché des obligations d’État allemandes est sous pression depuis l’accession à la chancellerie de Friedrich Merz et la formation du gouvernement. Le rendement du Bund est remonté après que le chan­­celier a réitéré sa volonté de mettre en œuvre une coûteuse relance budgétaire. Les opé­rateurs anticipent une hausse des émissions d’emprunts pour financer les dépenses, en particulier dans la défense.

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