Donald Trump centralise la régulation de l’IA, la Silicon Valley retient son souffle

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Donald Trump s'apprête à signer un décret interdisant aux États américains de réguler l'IA. Une centralisation qui bouscule la tech et inquiète Wall Street.

Par Xavier Thomann
Publié le 09/12/2025 à 12h23
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Donald Trump centralise la régulation de l’IA, la Silicon Valley retient son souffle
(©AdobeStock)

Donald Trump a annoncé lundi 8 décembre sur Truth Social la signature imminente d’un décret présidentiel baptisé « One Rulebook ». L’objectif ? Empêcher les cinquante États fédérés de légiférer localement sur l’intelligence artificielle. Une bombe politique qui redessine la carte de la régulation technologique américaine et fait trembler les marchés.

Le président américain ne mâche pas ses mots : « Il ne doit y avoir qu’un seul règlement si nous voulons continuer à être les premiers dans le domaine de l’IA ». Derrière cette déclaration se cache une bataille de pouvoir entre Washington et les capitales d’État, mais également un pari risqué pour les géants de la Silicon Valley.

Un patchwork législatif dans le viseur

Plus de cent lois ont déjà été adoptées dans une trentaine d’États. Ces textes encadrent des aspects variés : développement de modèles d’IA générative, création de deepfakes, obligations de transparence. La Californie, New York ou le Colorado ont multiplié les initiatives pour combler le vide fédéral laissé par un Congrès paralysé.

Trump et ses conseillers républicains dénoncent cette mosaïque réglementaire. Selon eux, elle freine la croissance des entreprises américaines et offre un boulevard à la Chine dans la course mondiale à l’IA. Le décret prévu demanderait aux agences fédérales d’identifier les régulations étatiques jugées contraignantes, puis de pousser les États à les abandonner via des pressions financières ou des recours judiciaires.

Wall Street entre espoir et inquiétude

Les investisseurs scrutent cette annonce avec prudence. Les géants de la tech (Nvidia, Meta, Google, Microsoft) pourraient bénéficier d’une déréglementation favorable à leurs projets. Moins de contraintes locales signifie des coûts de conformité réduits et une capacité à déployer massivement leurs data centers.

Mais Trump n’a pas précisé si son décret contiendrait des mesures d’encadrement pour remplacer les législations étatiques. En janvier dernier, il avait annulé le décret Biden sur la sécurité de l’IA. Cette déréglementation totale inquiète les défenseurs des libertés civiles qui redoutent un blanc-seing aux grandes entreprises sans aucun garde-fou.

Un décret présidentiel ne peut théoriquement pas primer sur un texte voté par le Parlement d’un État. Les gouverneurs démocrates préparent déjà leurs contre-offensives juridiques. Cette bataille pourrait créer une incertitude réglementaire néfaste pour les entreprises cotées.

Le Nasdaq a déjà montré sa nervosité face aux décisions de l’administration Trump. Début avril, l’annonce de droits de douane massifs avait fait plonger l’indice tech de plus de 5%. Microsoft avait perdu 3%, Nvidia et Meta respectivement 5% et 6%, Apple chutant de 9%.

Une guerre réglementaire transatlantique

L’Union européenne a déjà mis en place son AI Act, un cadre strict sur l’intelligence artificielle. Si Trump déréglemente totalement l’IA aux États-Unis, la bataille réglementaire transatlantique risque de s’intensifier. Les entreprises américaines pourraient se retrouver prises entre deux feux : liberté totale chez elles, contraintes strictes en Europe.

Cette divergence complique la valorisation de Nvidia ou Microsoft. Le risque d’amendes européennes colossales plane toujours, comme l’ont appris Google ou Meta ces dernières années. Les prochains mois seront déterminants pour mesurer l’impact réel de cette centralisation. Les marchés attendent des précisions sur le contenu exact du décret et sur la réaction des États fédérés.

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