Sans surprise, l’Union européenne a validé l’accord de libre-échange avec le Mercosur, malgré l’opposition française. Paris a voté contre, protesté, menacé… puis regardé passer le train. Ursula von der Leyen peut désormais signer un traité négocié depuis 1999, créant une zone de libre-échange de plus de 700 millions de consommateurs. La France, première puissance agricole européenne, n’a pas pesé.
Le constat est brutal. Dans une Europe gouvernée par les rapports de force, la France parle fort mais convainc peu. Isolée face à une coalition menée par l’Allemagne, l’Espagne et une Italie plus tacticienne que contestataire, Paris n’a pas su construire de majorité alternative.
Dire non ne suffit plus. Il faut embarquer, négocier, échanger, monnayer. Sur ce terrain, la France a déserté. Résultat : un accord présenté comme stratégique pour relancer les exportations européennes de voitures, de machines ou de vins, tandis que les inquiétudes françaises sur l’agriculture n’ont pas bloqué le processus. Les concessions obtenues à Bruxelles n’ont pas compensé l’essentiel : la perte d’influence.
La bataille se déplacera au Parlement européen, mais le mal est fait. À force de multiplier les postures défensives, la France donne l’image d’un pays qui subit les décisions qu’il prétend combattre. Dans une Europe fragmentée et concurrentielle, l’impuissance diplomatique coûte souvent plus cher que les accords qu’on refuse de préparer.