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Kaufman & Broad: des résultats solides dans un marché sous tension

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Alors que Kaufman & Broad affiche des résultats financiers flatteurs pour le premier semestre, l’analyse plus fine de ses performances et des propos tenus lors de la conférence investisseurs révèle un tableau plus contrasté, marqué par une crise profonde du secteur immobilier français.

Par Hubert Couëdic
Publié le 14/07/2025 à 07h20 | mis à jour le 22/07/2025 à 11h39

À fin mai 2025, le promoteur immobilier a enregistré un chiffre d’affaires semestriels en hausse de 10,4 %, à 499,4 millions d’euros, avec un résultat net part du groupe à 23,2 millions d’euros. Les réservations en logements progressent en volume (+8,7 %) mais restent stables en valeur (561,8 millions d’euros), révélant un effet de mix défavorable, notamment dû à une part accrue de logements sociaux dans les ventes en bloc.

Sur le terrain, la société parvient à limiter l’impact de la crise grâce à un portefeuille foncier maîtrisé et des délais d’écoulement réduits (4,5 mois contre une moyenne de marché à près de 19,5 mois). Pourtant, ces résultats masquent une réalité préoccupante : le niveau des permis de construire est au plus bas depuis la crise du Covid.

Le président Nordine Hachemi n’a pas mâché ses mots : «Nous avons volontairement recréé une crise de l’ampleur de celle de 2020», déplorant une paralysie administrative largement responsable du blocage du marché.

Si les primo et secundo accédants représentent une part croissante des acheteurs (36 % des réservations en valeur), c’est aussi le signe d’une raréfaction des investisseurs, notamment après la fin du dispositif Pinel.

Le segment tertiaire, quant à lui, est en net repli : -0,5 millions d’euros de réservations au 1er semestre, contre 21,7 millions un an plus tôt. Le groupe admet une absence totale de visibilité à court terme sur ce marché, qualifié de « discrétionnaire » par la direction.

En attendant le retour d’une meilleure conjoncture, Kaufman & Broad peut patienter en s’appuyant sur sa solidité financière : 390,7 millions d’euros de trésorerie nette, aucun recours à la dette long terme, et une notation investment grade (BBB- par Fitch), unique dans le secteur en Europe continentale.

Cette situation confortable permet à la société de poursuivre ses projets sans pression immédiate.

Des performances solides, mais quelques incertitudes

Mais derrière cette façade rassurante, plusieurs signaux invitent à la prudence. D’abord, l’entreprise annonce qu’à fin mai, la totalité des logements non réservés et disponibles à la vente, a progressé de 20%. Ensuite, le carnet de commandes est stable mais n’augmente plus.

Le backlog logement, à 1,99 milliard d’euros, équivaut à deux ans d’activité — un niveau jugé satisfaisant correspondant à ceux observés en 2017-2018.

Enfin, l’objectif de croissance de chiffre d’affaires de 5 % pour 2025 paraît volontairement prudent. Le groupe reconnaît que le moindre décalage dans l’obtention d’un permis peut bouleverser le calendrier des mises en vente, et donc les revenus futurs.

L’unique projet d’envergure prévu pour le second semestre reste Austerlitz, dont les contributions aux revenus pourraient ralentir dans la seconde moitié de l’année.

Le groupe mise sur des projets de réhabilitation urbaine et des partenariats avec les collectivités locales pour alimenter son offre future, mais ceux-ci n’auront d’effet tangible qu’à moyen terme.

Si les fondamentaux restent sains, le contexte macro et institutionnel rend toute projection hasardeuse.

En Bourse, nous recommandons de conserver l’action pour son rendement de 6,9% sur le prochain dividende qui devrait atteindre 2,22 euros par action selon les anticipations de Factset.

Chiffres clés et ratios boursiers


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