Le risque politique fait son retour à la Bourse de Paris

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François Bayrou va engager la responsabilité de son gouvernement sur le plan de rigueur budgétaire. Le résultat du vote le 8 septembre s’annonce très incertain ravivant le risque de nouvelles élections.  Le CAC 40 perd plus de 3% en deux séances.

Par Olivier Dauzat
Publié le 26/08/2025 à 13h13

Le risque politique fait son retour à la Bourse de Paris
(©AdobeStock)

L’annonce de François Bayrou d’un vote de confiance le 8 septembre fait craindre une chute du gouvernement en plein débat budgétaire, et le risque de nouvelles élections. Comme lors de la dissolution en juin 2024, le CAC 40 se retrouve sous pression. L’indice vient de céder 1,59% le 25 août et encore 1,7% dans la matinée du 26 août, ramenant sa progression à 4,2% depuis le début de l’année, soit bien moins que le DAX allemand sur la période (+20%).

Parallèlement, l’incertitude politique provoque une tension sur les taux longs. L’OAT 10 vient de franchir la barre des 3,5% au plus-haut depuis mi-mars. Le spread [écart de taux] avec l’Allemagne se tend à nouveau, à 77 points de base.

A la Bourse de Paris, les valeurs les plus sensibles aux remous politiques sont les plus attaquées. Les titres des bancaires BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole perdent chacun autour de 6% en séance. Elles sont pénalisées par la perte de confiance dans la dette française – la valeur de leurs portefeuilles obligataires va s’amoindrir avec la remontée des taux -, et la perturbation générale des marchés financiers. La crainte d’un nouveau coup de frein de l’économie française pourrait aussi accélérer les défaillances d’entreprises et faire remonter le coût du risque.

Ces valeurs ont toutefois déjà bien rebondi depuis le début de l’année, rassurant sur leur solvabilité et leur croissance bénéficiaire. Les tensions actuelles favorisent des prises de bénéfices. Nous restons à conserver sur BNP Paribas, Crédit Agricole et Société Générale.

L’incertitude politique freine aussi les groupes de construction et de concession. Les titres Vinci et Eiffage perdent respectivement 5% et 6% en séance. Un coup de frein sur les dépenses publiques pourrait conduire à un gel des investissements en infrastructures. Ces groupes seraient aussi sensibles à un nouvel alourdissement de la fiscalité des autoroutes pour augmenter les recettes de l’Etat.

Dans l’hypothèse d’une dissolution de l’assemblée nationale et de nouvelles élections, certains partis pourraient remettre sur la table la proposition d’une nationalisation des autoroutes pour redonner du pouvoir d’achat aux ménages. Or ces actifs restent majeurs pour Vinci et Eiffage.

Sensibilité à la remontée des taux

Les majors du BTP qui supportent un endettement important à cause des investissements dans les concessions sont aussi directement sensibles à la remontée des taux d’intérêt.

Elles se sont toutefois beaucoup diversifiées, notamment à l’international, et la facture d’une hypothétique nationalisation des autoroutes serait particulièrement salée pour l’Etat. Pas sûr non plus que l’opération soit pertinente alors que les principales concessions arriveront à échéance lors de la prochaine décennie.

Nous sommes à conserver sur Vinci et Eiffage.

Les services aux collectivités sont également sous pression. Les titres Veolia et Engie abandonnent respectivement 2% et 1,5% en séance. « Ces groupes ont une exposition domestique très élevée et disposent de contrats régulés ou quasi-régulés avec l’Etat. En contexte de rigueur budgétaire, les marchés anticipent des pressions sur les tarifs ou des renégociations à la baisse avec les collectivités. Le débat public porte explicitement sur des économies massives en 2026 ; ce secteur est vu comme première cible potentielle », explique Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour eToro.

Nous sommes à conserver sur Veolia et Engie.

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